La bibliothèque

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La bibliothèque du camp de Quedlinburg voit le jour dans la 1ère compagnie, en août 1915.

"Vous souvenez-vous des tristes soirées de l'hiver dernier, les parties de manille sans fin et la façon dont nous nous arrachions les rares volumes arrivées ici, les trois Mousquetaires etles trois volumes dépareillés du Vicomte de Bragelonne, épaves de la bibliothèque du fort d'Hisron!
L'hiver prochain nous trouvera sur une solde défensive. Les divertissements sont nés que nous n'aurions osé espérer et le "Tuyau" afin d'aider ses lecteurs à lutter contre l'ennui des journées d'hiver vient de mettre sur pied une bibliothèque gratuite, qui n'est d'ailleurs pour l'instant ouverte qu'aux lecteurs du premier camp.
Cette bibliothèque a été constituée par des dons généreux et elle est présentement riche d'une centaine de volumes.
Nous en publierons le règlement et le catalogue en supplément d'un de nos prochains numéros.
Pour enrichir la bibliothèque du "Tuyau" nous faisons appel à toutes les bonnes volontés et nous serions reconnaissants à ceux de nos lecteurs qui voudront bien nous aider, en nous faisant don des ouvrages qu'ils ne désirent pas rapporter en France.
C'est dans l'intrêt de tous !
Fouillez dans vos caisses. Pensez à l'hiver et apportez vos livres au "Tuyau"."

Extrait du Tuyau numéro 6, page 2

Afin d'enrichir la bibliothèque du camp de Quedlinburg, un appel aux dons est lancé auprès de certains journaux.
La Bibliothèque des prisonniers.
Un journaliste havrais, M. J. Monjour, prisonnier au camp de Quedlinburg, a eu l'idée de constituer, pour som camp, une bibliothèque à l'usage de ses camarades prisonniers comme lui. Mais cette bibliothèque, composée au hasard des envois, est pauvre, et, de plus, son catalogue donne une piteuse opinion du goût littéraire français.
M. Monjour, afin de relever et d'enrichir sa bibliothèque, a écrit à un de ses confrère du Havre-Eclair, en joignant le mince catalogue à sa lettre. Le tout est parvenu, revêtu de nombreux "Geprüft" par la censure allemande, à M. Urbain Falaize.
C'est ainsi que nous connaissons les titres de tous les ouvrages de la bibliothèque du camp de Quedlinburg. C'est d'un ensemble, en effet, parfaitement incohérent et déconcertant. Bien entendu, ce sont les romans qui dominent, 5o exactement, la plupart signés de noms inconnus en France, et appartenant à la littérature pornographique d'exportation qui nous fut si préjudiciable.
Cependant il y a quelques About, P. Adam, G. Aimard, Balzac, Tristan Bernard (les Tristan Bernard plus nombreux que les Balzac), Henry Bordeaux, Paul Bourget, Claretie, Conan Doyle, Coppée, Daudet, Dickens, Alex Dumas, etc un seul Barrès, et c'est le Jardin de Bérénice; un seul Huysmans: les soeurs Vatard; deux René Bazin: le Blé qui lève et Donatienne.
Les auteurs étrangers sont peu ou point représentés six au total.
Tolstoï (3 vol.), Kipling (1 vol.), Wells (1 vol.), Grazia Deledda (1 vol.).
Les classiques sont dédaignés. De Corneille, il n'y a que Cinna et Horace. Pascal est représenté par les Provinciales, et Racine brille par son absence.
Les classiques du XIXe siècle sont un peut mieux traités. Un Chateaubriand, un Barbey d'Aurevilly. Le théâtre de Musset est au catalogue à côté d'Henry Bataille! Mais on y cherche en vain Victor Hugo dramaturge.
De Victor Hugo poète, le seul volume, que possède la bibliothèque du camp de Quedlinburg est le Pape!
La Poésie est représentée par onze volumes sept auteurs que voici, par ordre alphabétique: J. Ajalbert, Botrel; A Chénier, Dante, Hugo, La Fontaine, Musset (3 vol.) et Zamacoïs.
Il ne nous reste plus, pour conclure, qu'à souhaiter que cet étrange catalogue s'améliore rapidement grâce aux dons des Havrais, et qu'en attendant, les Allemands ne considèrent pas la bibliothèque du camp de Quedlinburg comme un petit miroir de notre culture."

Extrait de "Mercure de France", 16 novembre 1916, page 378

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L'Organisation des Secours
Les livres aux prisonniers
Nous avions fait appel à nos lecteurs pour l'envoi de livres aux prisonniers internés au camp de Quedlinbourg. Nous sommes heureux, en remerciant les donateurs qui ont répondu à notre appel, de leur annoncer que ces dons ont permis de constituer à Quedlinbourg une bibliothèque. Voici la lettre d'un de nos prisonniersà ses parents :
"Je ne sais comment te dire ma joie et la reconnaissance, que nous avons à tous ceux gui ont participé à ces envois. Tu pourras les remercier chaleureusement de notre part. Il y avait des lots extrêmement intéressants."

Extrait de "le Temps" n°19929, du 29 janvier 1916.